On l'a vu avec Althy vendredi soir.
Une fois n'est pas coutume, je poste ici. N'étant pas cinéphile, n'ayant pas lu le livre, je vais me contenter de donner un avis de néophyte. D'autant plus que je ne pense pas avoir vu d'autres films de François Ozon, donc je n'ai aucun
a priori (c'est quasiment toujours le cas quand je regarde un film, vu que je ne retiens que rarement les noms des réalisateurs

).
Le film commence par des images d'archives décrivant Alger avant et après les apports de la modernité française (comprendre : on vire les rues authentiques et historiques et on construit à la Hausmann).
Meursault, un jeune homme vivant en Algérie durant les années 30, est enfermé en prison pour avoir tué un « Arabe ». On découvre progressivement comment et pourquoi il en est arrivé là.
On comprend assez rapidement que le jeune homme est du genre taciturne. Les dialogues sont rares et laconiques. Les seuls moments où il parle un peu plus, c'est avec Marie, une jeune femme qu'il a rencontrée auparavant et avec laquelle il démarre une liaison particulière, car elle semble être à sens unique.
En effet, l'étranger est bien Meursault. Étranger dans sa société, car il semble incapable d'exprimer des sentiments ou des avis sans mentir. Incapable de parler si ce n'est nécessaire. Incapable de pleurer à l'enterrement de sa mère. Incapable d'intervenir si une autre personne est en danger. Le film rend très bien les introspections de Meursault, puisque le livre place le lecteur dans son esprit, dans son point de vue.
Le film est intégralement en noir et blanc, ce qui exige une bonne maîtrise des éclairages. Et je pense qu'Ozon fait partie des gens capables de maîtriser cette technique, car, entre les contrastes forts provoqués par le soleil marocain (le lieu du tournage), jetant sur les visages une lumière crue et soulignant les traits des personnages, et ceux plus ténus dans les scènes tournées à l'intérieur (l'appartement de Meursault, notamment), les images sont saisissantes de simplicité et parlent d'elles-mêmes.
Les acteurs quant à eux sont très bons. Benjamin Voisin (Meursault) a un physique digne des canons de beauté de l'époque, son expression qui semble monotone ne l'est en réalité pas, et à mesure que l'histoire avance, on lui découvre de nombreuses choses. L'acteur rend cela très bien. Rebecca Marder (Marie) est émouvante, tragique quelque part quand elle sent que sa relation avec Meursault risque de ne pas toujours durer. « Tu dis toujours ce que tu penses. C'est pour ça que je t'aime, mais peut-être que plus tard, je te détesterai pour ça » (je paraphrase un peu, j'avoue ne pas me souvenir exactement de ses paroles). Pierre Lottin, en voisin copain souteneur qui demande de l'aide à Meursault, grande gueule et bagarreur, est plus vrai que nature.
Le film pose davantage de questions qu'il n'apporte de réponses. À chacun de se faire son propre avis... je n'en dirai pas trop pour ne pas spoiler.