Commençons par présenter le jeu. Il s'agit d'un « JPRG » de facture assez classique, dans la plus pure lignée des Final Fantasy. En fait, on me l'a conseillé précisément parce que ce sont des gens de l'équipe qui a bossé sur les premiers Final Fantasy qui l'ont développé, et qu'en particulier la bande son est signée Nobuo Uematsu. Sans surprise, ça nous donne donc une ambiance sonore très sympa avec certains thèmes musicaux qui sont de véritables petites pépites (celui de Shangri-La en particulier, que j'écoute en rédigeant ce message). Le jeu n'est hélas pas dispo en français, mais la version anglaise m'a semblé plutôt accessible, je pense qu'il n'y a pas besoin d'avoir un niveau spécifiquement élevé pour comprendre.
L'histoire est plutôt bien sympa. Pas d'une complexité extrême, et relativement prévisible (en tout cas, j'ai personnellement vu venir la plupart des retournements de situation à des kilomètres, peut-être parce que je connais plutôt bien les vieux Final Fantasy, on sent une grosse inspiration), mais je considère plutôt ces points comme des qualités, et puis c'est plutôt bien raconté. Ils ont un parti-pris de faire très peu de réelles cinématiques, mais par contre plusieurs séquences de narration avec juste une image de fond, et le texte (doublé vocalement) qui s'affiche au fur et à mesure, ce qui est un peu particulier, mais rend plutôt bien.
On sent cependant ici une nette distinction entre la première et la seconde partie : la première suit le mode de fonctionnement linéaire à l'ancienne où tu avances dans l'histoire au fur et à mesure, ce que perso, j'aime plutôt bien. La seconde fonctionne suivant ce qui me semble être la mode plus actuelle où il n'y a plus une histoire linéaire, mais un ensemble de quêtes séparées que tu peux avancer en parallèle plus ou moins dans l'ordre que tu veux (même si des indications de difficulté, signalées par un niveau conseillé pour chaque quête, peuvent aider à ordonner un peu à s'orienter). Perso, j'aime un peu moins, surtout quand ça veut dire comme ici qu'une portion non-négligeable de ces quêtes apportera beaucoup moins d'histoire et se limitera au schéma « chemin jusqu'au boss - affrontement - petite “cinématique” de récompense ».
Certaines de ces quêtes amènent cependant pas mal d'histoire particulièrement intéressante, même s'il peut aussi être assez frustrant que certains points ne soient pas un peu plus approfondis (par exemple, spoil léger : l'histoire d'un perso en particulier nous parle d'un empire voisin cherchant à envahir le “reinaume” (“queendom” plutôt que “kingdom” en anglais, donc je traduis comme je peux) où se situe l'action, c'est assez prenant, sauf que pour autant qu'on sache, le projet d'invasion est toujours en cours à la fin du jeu, on n'a arrêté qu'une avant-garde, et pourtant on n'en entend plus du tout parler, concentrés qu'on est sur les différentes dimensions qui donnent son suffixe au titre du jeu).
Niveau maniement, c'est du tour par tour plutôt efficace avec la possibilité d'attaquer ou de choisir une compétence spéciale/un objet, tout à fait classique, avec quand même ce petit twist (peut-être courant par ailleurs ? J'ai joué à peu de JRPG récents) selon laquelle la position des persos joue un rôle assez important, permettant de déterminer quel(s) adversaire(s) on peut toucher et leur permettant sur certains combats de bloquer sans prendre de dégâts les attaques effectuées au mauvais moment.
Là encore, on sent une légère différence entre les deux parties, qui peut cette fois-ci être à l'avantage de la seconde, ou pas, selon le point de vue : pour la première, on a un cheminement classique avec la difficulté qui progresse graduellement, à mesure qu'on monte en niveau et donc qu'on gagne en compétences pour la contrer, montée en compétences qui est là encore plutôt linéaire. Dans la seconde partie, en revanche, on a accès à un arbre de compétences un peu plus avancé, dans lequel on peut choisir certaines options plutôt que d'autres, choix toujours réversibles (et un niveau suffisamment élevé nous permet de tout débloquer, évidemment).
Mais surtout, cette deuxième partie est marquée par le fait qu'un certain nombre de boss, même en ayant le niveau requis (et parfois même quelques niveaux de plus) ont l'air simplement imbattables au premier essai. Mais pas bêtement parce que ce sont des sacs à PV qui résistent à tout et tapent injustement forts, c'est souvent beaucoup plus subtil que ça. Dans cette deuxième partie, il y a une phase de réflexion importante sur la façon dont on peut battre les boss, qui perso m'évoque beaucoup plus un jeu à la Zelda (où tu vas taper directement et où il faut trouver quel objet utiliser à quel moment) qu'un jeu à la Final Fantasy.
Ça donne certains combats qui sont particulièrement techniques/stratégiques où tu dois enchaîner les bonnes actions au bon rythme (quitte à laisser tes persos à deux doigts de la mort parce que là c'est le moment de faire des dégâts et que tu pourras les soigner ensuite), et d'autres où tout repose sur l'utilisation d'une technique en particulier qui va te faciliter considérablement certaines étapes (généralement, dans ce cas, t'as un perso imposé dans ton équipe pour le combat et il faut donc fouiller toutes les compétences dont dispose ce perso-là (ou qu'il pourrait acquérir si tu faisais d'autres choix dans l'arbre de compétences) en te demandant en quoi elles peuvent ou pas t'aider).
Ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais pour un jeu de ce style, mais ça m'a positivement surpris et pas mal remotivé sur la deuxième partie (après la perte de motivation due à la structure et le fait que les premières quêtes vers lesquelles je me suis tourné étaient assez pauvres en histoire). Même si cette motivation a aussi été pas mal réduite par le fait que, pour une partie non-négligeable de ces combats, le truc à trouver pour passer est de « simplement » jouer sur l'équipement, en utilisant des protections contre certaines attaques spécifiques du boss, ce qui m'emballe généralement moins (j'aime bien pouvoir choisir l'équipement en fonction du perso et ne plus trop y retoucher ensuite, perso).
Dans l'ensemble, c'est un jeu franchement sympathique, avec une équipe de persos assez attachants, et que je recommande vivement à tous les amateurs de la saga Final Fantasy et d'autres jeux du même style. J'ai mis un peu plus de 70 heures à le terminer, la seconde partie étant en tout un peu plus longue que la première (et s'étant étalée chez moi sur davantage de temps entre deux sessions de jeux, en partie à cause de la baisse de motivation sus-mentionnée, et en partie parce que je suis arrivé dessus à une période où j'ai été pas mal occupé).
Dans ces points négatifs, cependant (encore que ça dépendra évidemment pas mal des gens), on peut noter les tentatives de donner un air sérieux au lore en utilisant du vocabulaire scientifique totalement pas adapté (je crois que c'est le premier jeu que j'ai vu mentionner le boson de Higgs) et utilisé un peu n'importe comment vu que le truc sera surtout affaire de magie (le jeu nous « apprend » ainsi que les émotions humaines peuvent influer sur la gravité, ç'pas exactement comme ça que ça marche en pratique
Et, encore une fois, un côté légèrement frustrant au fait que certains points plus ou moins mineurs sur lesquels l'histoire insiste à un moment ont l'air un peu oublié ensuite. Mais globalement bien sympa.