@Elia : oui je suis les sorties directement dans les festivals spécialisés où les séries sont présentées en avant-premier, et ensuite je les télécharge dans le pays où ils sortent au moment de leur sortie.
A ce sujet, j'ai vu en avant première (au cinéma!) une série qui va passer dans 15 jours sur Arte:
Occupied.
Je n'ai vu que les deux premiers épisodes, je ne peux donc pas trop en parler. Le synopsis est le suivant.
Dans un futur proche, la Norvège qui va ouvrir sa première centrale au Thorium (bien plus propre que les précédentes centrales nucléaires) décide, unilatéralement d'arrêter de produire du pétrole, afin de sauver le monde de la catastrophe écologique.
Or, comme vous le savez peut être mais une grande partie du pétrole de l'Union Européenne vient de Norvège (qui n'en fait pas partie). La tension monte entre les pays de l'Europe et la Norvège, jusqu'à ce que la Russie envahisse le pays. De manière "pacifique" afin de restaurer la sécurité énergétique des pays. Une occupation "soft", donc, sans mort, et sans tir...enfin, au moins au début. Mais la tension est extrême, et rapidement, des résistances s'organisent. Parallèlement à ça, les réactions dans la population sont...diverses.
A savoir que cette série a été imaginée, écrite avant l'invasion de l'Ukraine et de la Crimée par la Russie !
C'est étrange parce que, lorsque je l'ai vu (il y a un mois environ), j'avais envie d'écrire quelque chose de bien dessus, mais, avec le recul, finalement ma vision est plus nuancée et plus critique. Ceci dit, je n'ai vu que 2 épisodes.
Voici ce que je peux en dire.
- Du point de vue politique, c'est une série très intéressante. Les séances du gouvernement, la tension entre l’ambassadrice le chef du gouvernement qui doit composer, etc...Si vous avez vu la série "Un Village Français", vous retrouverez bien l'ambiance des premières saisons ou les compromis sont souvent des compromissions, et où les choses vont de recul en recul, et où il est de plus en plus dur de maintenir l'unité de façade, entre préserver sa population et maintenir un semblant d'Etat de droit.
- Du point de vue des personnages, même si j'ai bien aimé en le regardant, je trouve que ça manque un peu d'originalité. Comme dans un Village Français, d'ailleurs, il y ceux qui sont gagnants (argent frais des étrangers (ici Russes), ceux qui peuvent monter dans la société en collaborant, ceux qui tentent de trouver un compromis, et en face les résistants ; j'imagine sans peine qu'épisode après épisode, le camp du "milieu" va se diviser petit à petit, et qu'à la fin, la situation sera tellement tendue qu'il n'y aura plus de neutre. Que des collabos, ou des résistants.
EDIT : 3 mois après, je peux dire, que c'était tellement prévisible que je me suis fait grave chier rapidement, et que j'ai arrêté.
Pendant ce mois, j'ai par contre vu une autre série scandinave, Suédoise en l'occurrence, policier-fantastique (fantaisie, même ?).
Jordskott. Et là, pour le coup, je vous le recommande ! Je ne sais pas s'il passera un jour en France, pour l'instant il n'est trouvable que sur Internet, et avec sous titres anglais...mais je pense que la série va se faire connaître, elle a eu un très bon accueil à Seriemania, le marché des professionnels, et je ne doute pas qu'elle finisse sur Arte, dans un an ou deux, peut être.
L'histoire est assez simple. Tout au moins, au début. Eva est une femme dans la trentaine, policier, médiateur de crise. Sa fille a disparu il y a 6 ans, mystérieusement dans son village natal, au bord d'une des rares forêts primaires de Suède. Lorsque son père, qui dirige LA grande entreprise forestière du coin, décède, elle y va. Là bas, un enfant vient d'être enlevé, dans les mêmes conditions ou presque que sa fille. Elle décide de se mêler à l'enquête. Et elle tombe pour ainsi dire nez à nez avec une créature, moitié enfant, moitié arbre, qui ressemble à sa fille.
Je dois dire que j'ai été très fortement décontenancé par la série. Elle commence par un policier classique. Bon. J'ai vu pas mal de policier scandinave. On tourne vite dans une ambiance à la Twin Peaks, où le mystère et l'incompréhensible plane. Et puis, brusquement, on tombe dans le fantastique pur et dur, lorgnant plutôt du côté de X-Files !
Ce que j'ai vraiment aimé, ce sont 3 choses:
- D'une part, comme la plupart des séries du nord, les femmes sont de vrais personnages. Souvent, les séries (notamment suédoises et danoises) ont des personnages féminins forts. Qui existent par eux-même. Qui n'ont pas besoin de se mettre en couple avec le personnage masculin dès l'épisode 4 ou 7 (ici, il y en a 10), ni d'être aidées par un personnage masculin. CE QUE j'ai particulièrement apprécié, ici, c'est que contrairement à une nouvelle tendance des séries américaines (et françaises, par suite), c'est que la présence de personnage féminin fort ne s'accompagne pas ici de personnages masculins "en crise". Je vois à plein d'endroit, de films ou séries récentes, des personnages masculins qui sont en crise. Comme s'il n'y avait pas assez de force de caractère pour remplir les deux sexes ! Et bien ici, on est dans un environnement post-féministe (ce n'est même plus un problème. Il y a égalité entre les sexes, mais ce n'est même pas montré comme une revendication ou quelque chose en soi. C'est juste un fait), mais ça ne se fait pas au détriment des hommes, qui sont eux aussi des personnages, avec leurs problèmes certes, mais pas plus que les femmes. Et ce ne sont pas non plus des play-boys. Le personnage le plus intéressant de la série, ici, Wass, en l'occurrence n'est pas vraiment sexy, avec
un faux air de Derrick. Même le
personnage principaln'est pas franchement canon (elle ressemble à une suédoise quoi, mais jamais glamourisée).
- D'autre part, la série n'est pas française. Ni américaine. C'est un genre à part. Ici, nulles considérations psychologisantes et socialisantes comme on voit encore et encore et encore dans les productions Françaises et qui personnellement me gonflent. Il y a une histoire, un scénario, et le déroulement de l'histoire se fait sur ces rails. Et il n'y a pas non plus de cliffhanger de folie toutes les 20 minutes à cause de la coupure pub, et d'action à fond les ballons pour maintenir l'audience. La vie affective, les problèmes sociaux les considérations psychologiques, si elles peuvent être présentes (il y a un adolescent handicapé mental personnage principal, et globalement, la série parle de la différence, mais de manière détournée), ne sont jamais le centre de l'histoire. Pas de secret de famille à la con qu'on voit venir à 200 kilomètres. Il y a des éléments, mais ça n'est jamais quelque chose sur lequel on s'appesantit. Et l'action se déroule lorsqu'elle doit. Si bien qu'au début, franchement, j'ai bien mis 3 ou 4 épisodes à vraiment aimer la série (j'ai failli arrêter à l'épisode 3 car je ne voyais rien venir, mais ça aurait été un vrai tort car tout s'imbrique au fur et à mesure !)
- J'ai enfin beaucoup aimé le traitement du monde de la forêt. La série reprend la plupart des éléments de la mythologie scandinave (sorcière, corbeau, potions magiques, esprit de la forêt, créatures diverses, peuple fée), mais de manière adulte, et pas de manière littérale. Imaginez un conte de fée mais où le sujet, l'histoire les personnages soient entièrement pour adulte. Jordskott, c'est ça. Ce que j'ai apprécié, c'est une représentation de la nature qui n'est pas angélique. Ca m'a fait penser à Princesse Mononoke par exemple, où la nature est loin d'être bienveillante. Elle "est". Et elle se défend lorsque l'homme l'attaque, n'hésitant pas à faire du mal, à tuer, à être cruelle. Les hommes ne sont pas non plus mauvais. Ils vivent. Mais pour vivre, il faut exploiter la nature, et donc détruire ce monde magique. Oui, j'ai vraiment pensé à princesse Mononoke en regardant cette série. Mais un Princesse Mononoke adulte (même si je trouve que c'est un dessin animé plutôt pas trop pour enfant)
Donc, tout ça pour dire, si vous aimez l'héroic fantasy (sisi), le fantastique, la mythologie nordique, les forêts suédoises, vous pouvez regarder les yeux fermés.
"Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit"
Molière - Don Juan -