Posté : ven. 20 août 2004, 01:02
Une journée et demi plus tard...
Le convoi militaire s'arrêta environ deux heures avant le déclin du jour, dans ce que les habitants appelaient la plaine des trépassés. Large d'une bonne quarantaine de kilomètres entre deux plateaux, et profonde d'une distance difficilement estimable, la Plaine des Trépassés est une longue étendue très plane où foisonne une végétation oscillant entre une surabondance de graminées et de fougères, et une presque toundra rase.
Pas une route, pas un chemin, et pourtant, l'ancienne carte menait au travers de ce décor froid et dur... mais que les Almochéens voyaient comme un milieu empreint d'une vie qu'ils n'avaient pas l'habitude de voir hors des jardins du roi: le trésor vert.
Un coup de corne retentit, et les vandales se mirent à se disperser de toute part. Les cavaliers mirent pied à terre, menant leurs montures en groupe comme à l'entraînement, tandis que les archers se disposaient en cercle autour du convoi. Les hommes d'armes et mages fourmillaient de toute part à l'intérieur d'un rond parfait matérialisé en son centre par le palanquin et sur son périmètre par les vandales. Les chevaucheurs noirs se dispersèrent parmi leurs hommes, s'occupant de former des groupes pour les tours de garde. Au milieu de toute cette agitation, un homme apparemment grand et bâti comme un teuton, portant une longue chevelure d'un noir de jais ramenée derrière son crâne par un anneau de bronze simple, au teint sableux presque ocre, portant une lourde armure métallique hérissée de pointes, demeurait placide, surveillant les évènements du regard. L'un des hommes au bâton brûlé s'approcha de lui et hocha la tête dans sa direction: les archers lourds avaient ouvert le fond du palanquin et posé le matériel qu'il renfermait à plat sur le sol: piques longues, pieux, cordages et larges toiles traitées contre le feu.
Il fit sonner un coup de trompe, et l'ensemble des hommes du convoi, à l'exception d'un garde et d'un homme en bure qui se tournèrent vers lui. L'homme en bure rabaissa son capuchon, découvrant un visage écailleux d'un vert malachite, une paire d'yeux de poulpe et une large bouche armée d'une rangée de dents entre lesquelles frétillaient une langue fourchue
Ssssire... je resssssent une énergie maléfique icccccci. Cccccette plaine toute entière est baignée d'une puissssssante malédictttttion. Je le sssssais ... je le ssssens.
Oui Tameran... je sais cela, je l'ai senti. J'ai vu des choses du passé... une bataille très ardente, une victoire pas si victorieuse. Des hommes se sont battus ici, et ils n'ont jamais retrouvé leurs épouses et leurs enfants. Fort Berûm est un vestige de cette guerre, une guerre qui remonte à bien des années à présent.
Le tourment de ces hommes ne s'est jamais apaisé, et on a laissé leurs corps ici... personne n'a eu le courage de tous les enterrer, et c'est le temps et le pas de chevaux qui l'a fait.
Les yeux de Barkhram se mirent à luire avec un éclat blanc d'une pureté surnaturelle... en un instant il embrassa toute la plaine du regard, et son visage se déforma en une grimace de contrariété
Encore et encore ils devront se battre... à jamais maudits à cause de leurs propres compagnons d'armes, ils se sont battus les uns contre les autres... et la mort les a réunis.
C'est elle qui accorde une paix relative à ceux qui ont vécu dans le tourment, mais pour eux nulle repos, nulle échappatoire à revivre encore et encore cette bataille, dans un cauchemar qu'ils font même morts, leur âme est prisonnière du sang qui a imprégné cette terre et a fait pousser la verdure dessus... végétation maudite pour seul sépulcre. Jamais tant hommes n'avaient souffert pareil martyr dans la mort.
Croyez-vous que les lieux sssssssssoient alors indiqués pour camper?
Il y a grand péril à rester ici mais l'oracle a révélé que nous devions malgré tout courir ce risque, que cela nous rendrait plus forts pour affronter la guerre prochaine.
Barkhram monta sur une caisse pour se faire voir de tous ses hommes
Ceux qui ont été nommés en groupes, vous assurerez les relèves, que les profanateurs placent des torches en cercle autour du camp, que l'un d'entre vous reste en permanence pour les rallumer.
Faites reposer vos montures, et Sergovian ... vous allez aller me chercher un point d'eau pour faire boire toutes ces bêtes. Faites les ensuite brouter.... je veux que dans une heure et demie toutes les bêtes aient bu et mangé.
Aga'Maeth vous me recrutez plusieurs hommes pour préparer un repas à partir des provisions de fontes, ... Marem vos hommes et vous allez monter la marabout autour du palanquin. Execution!
C'est un bruit de bottes partant au pas de course qui clôtura le briefing de camp. L'un des maîtres espions qui se dissimulaient parmi les hommes de troupe quitta son habit de discrétion pour s'entretenir avec le roi sorcier et l'homme reptile. Tel un coeur animé de ses soubresauts vitaux, des flux humains allaient et venaient dans le cercle, à l'exception d'un groupe qui emmenait les bêtes. Les piques furent posées en cadran autour du palanquin, lequel servit de pivot pour plaquer la toile traitée. Cette dernière fut tendue sur ce sommet, puis sur les piques avant de tout arrimer au sol par de solides pieux en bois garnis de dents métalliques.
Quand le soleil vint embraser l'horizon de son teint orangé qui se diluait dans un ciel constellé de nuages pommelés, le camp avait retrouvé une tranquillité, et l'on n'entendait que le moutonnement des hommes qui parlaient entre eux, et le cliquetis des armes en réparation. Les sentinelles étaient en veille, un bruissement d'air se fit alors entendre: le spelljammer transportant les arkhontes et l'état major était arrivé au dessus du camp, et il venait de lancer un bout afin d'être amarré à la marabout. Le roi sorcier quitta alors cette dernière, tendit la main droite vers le haut, et s'éleva lentement dans les airs jusqu'à atteindre le niveau de la coque et se poser sur le pont.
Les torches ne s'éteignirent pas ... la veille nocturne commença ...
Au milieu de la nuit ...
Salah Al'Jaib était vandale depuis bientôt cinq ans. Il avait suivi l'entraînement de l'académie militaire d'Almoch et avait effectué plusieurs des campagnes de reconquêtes des vassaux menées par le seigneur Kun'Zu au cours de ces derniers mois.
Quand il avait appris qu'il partait pour Toril pour suivre celui à qui il devait son existence, son sentiment avait été partagé entre la fierté et l'appréhension. Il savait bien qu'il n'était un homme de troupe comme un autre, mais plus que quiconque il avait ici l'occasion de se couvrir de gloire et de couvrir le nom des Al'Jaib de l'or le plus fin. Il prenait donc son travail à coeur ... et gardait les yeux plongés dans cette obscurité impénétrable qui les cernait, perçant la nuit d'une aura de feu générée par les torches allumées. Pourtant il ne vit pas, au loin, la terre couverte de fougères se craqueler pour laisser éclore un rhizome d'un genre bien particulier. Une sorte de lame de fer rouillé émergea du sol... la pointe avait été brisée et le fil était morcelé par le temps. Le métal était tordu par endroits, glissant toujours vers le haut, quand une garde émergea du sol, ce qui avait été autrefois des ciselures étaient couvertes de terre, et lorsque ce fut au tour de la poignée de jaillir du sol elle émergea enfermée dans une corolle d'osselets blancs, telle une fleur de mort sur laquelle on voyait encore les traces des rayures du temps. La fleur éclot en main squelettique, maintenue ensemble par les tendons de la malédiction, gainée de muscles qui avaient depuis longtemps disparu dans le métabolisme des insectes décomposeurs. La main hissa le radius et l'ulna, avant de se couder pour s'emboîter sur un humérus, et le bras entier jaillit du sol pour se placer à environ un mètre cinquante du sol, comme accroché à un homme invisible. Puis du sol jaillit une scapula qui vint s'articuler sur l'humérus, avant que ne s’extirpe un autre bras... hissant avec lui un bouclier... des vertèbres en pagaille dans un cortège mené par la baguette d'un chef d'orchestre ostéomancien imaginaire, des lamelles jaillirent du sol et s'arrimèrent aux vertèbres en une cage osseuse protégeant un hypothétique myocarde qui avait dû battre ici. Deux points blancs percèrent à la surface du sol, se muant en ilions, traînant avec eux une paire de jambes mortes qui se reconstituèrent avec une précision impressionnante, même pour un nécromancien expérimenté... et enfin, casquée, deux dents en or fichées dans la mâchoire, le crâne vint compléter le spectacle macabre qui avait émergé du sol.
Par ailleurs, il n'avait pas été local, car autour du guerrier squelette, dont l'armure de cuir était en train de se reconstituer morceau par morceau sur le corps, d'autres guerriers morts s'approchaient pour reformer les rangs d'un groupe de fantassins maniant l'épée longue. Maculés de terre et de fougère, portant des armures de cuir pour certains, des cottes de mailles pour d'autres, enfin des armures lourdes, des plates ... ils se mirent en rang à cinq cent mètres du campement; c'est alors que Salah Al'Jaib vit les formes dans l'obscurité.
El rev'wadmeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet!!!
Quelques secondes plus tard un son de corne se fit entendre, et tous les archers de veillent se dressèrent. Salah lança sa torche à plusieurs mètres devant lui, et la cloche du spelljammer clama le branle-bas. Une voix puissante retentit dans toute la vallée
Arkhontes à terre! Vandales en garde! Cavaliers à cru! Chevaucheurs gardez la retraite, en position de défense tout le monde!
La terre se mit à trembler devant les deux légions de guerriers squelettes, et des mottes explosèrent alors que jaillirent devant chacune un cavalier en armure monté sur un cheval aussi mort que lui: guerrier squelette sur cheval squelette, la blancheur des os contrastait avec le noir de la nuit et le roux de l'oxydation du métal. Un hennissement spectral se fit entendre, et les deux colonnes de mort-vivants se séparèrent pour prendre le camp en étau. Un ordre sépulcral retentit dans toute la plaine, ordre qui laissait entendre qu'il n'y aurait pas de prisonniers ... sans doute un reste de la vie dans les trépassés qui s'étaient relevés, car la seule prison qu'ils connaissaient désormais était celle de leur propre corps.
Les deux légions stoppèrent sur place.
Légions tenez bon, arkhontes en dernières lignes. Volée de flèche est et ouest sur la cavalerie, seconde volée sur les troupes. Repli après premier tir!
Le silence revint... les deux camps n'étaient pas à portée de trait, les almochéens attendaient que ce soit le cas pour exécuter les ordres, mais les squelettes semblaient s'être figés sur place, comme des statues dans le décor. Plus un os ne cliquetait, pas un souffle de vent, pas le plus petit frottement de métal. Les vivants retenaient leur souffle, ceux qui avaient rendu leur dernier ne bougeaient toujours pas, les têtes de file semblaient comme poser pour un hypothétique tableau.
Et les cavaliers chargèrent, en tête de leurs fantassins, les légions de squelette les suivant de près au pas de courses, les pieds d'os se craquelant parfois sous le choc contre le sol, certains guerriers se heurtant les uns les autres, mais globalement guidés dans la même direction, ce fut une sorte de burin s'enfonçant dans le camp des almochéens. Une bordée de flèche heurta le squelette ouest et sa monture, la patte de cette dernière vola, la créature s'affaissant sous le choc, mais son cavalier glissa sur l'encolure encaparaçonnée avec une agilité surprenante pour poursuivre sa course à pied, rattrapé par ses hommes, et essuyant avec eux la seconde bordée. Le cavalier est reçut, lui, la bordée de plein fouet et fut fauchée de sa monture qui tomba en morceau lorsqu'il fut désarçonné. Les vandales tirèrent alors leurs pilums et leurs pavois, cimeterre à la ceinture et reçurent la charge en levant la hampe vers le ciel, envoyant voler les premiers assaillants entre les côtes desquelles ils avaient réussi à enfiler leurs armes, et encaissant le reste de la charge sur leurs pavois. Certains ne purent contenir le choc et c'est leurs congénères placés en deuxième ligne qui accusèrent le coup.
Des mains de certains arkhontes jaillirent des lumières bleutées, et les blessures se refermèrent rapidement. Des glissements métalliques se firent entendre de toute part dans le camp alors que les cimeterres étaient dégainés... les guerriers squelettes, quand à eux, commençaient à chercher des ouvertures pour attaquer, ils encaissaient les coups de lames courbes dans leurs boucliers de bronze, et rétorquaient de leurs glaives. D'une façon générale, les tirs étaient suspendus pour ne pas risquer la vie des almochéens en première ligne. Les squelettes semblaient animés d'une force extraordinaire cependant et leurs coups engourdirent quelques bras, voir même en brisèrent quelques autres malgré les très larges et hauts boucliers des vivants. Le cavalier devenu fantassin à l'est concentra ses troupes sur une brèche ouverte pendant la charge et s'infiltra dans les rangs de ses adversaires pour commencer à tuer.
Deux hommes en robe noire, tenant à la main un bâton calciné se trouvaient en recul. La végétation tomba en poussière dans un rayon d'un mètre autour de chacun d'eux et de leurs mains jaillirent des éclairs noirs qu'une pluie d'étincelles éclatées matérialisa dans le ciel... deux chaînes d'éclairs frappèrent alors le plein centre des troupes pour ricocher sur les squelettes les plus proches. Le premier coup atteignit un squelette portant une paire de cothurnes et une armure de métal qui explosa sous l'impact, faisant ricocher le sort sur son voisin le plus proche qui se sépara en morceaux lesquels virent se ficher dans l'armure des guerriers squelettes autour de lui, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'éclair disparaisse dans un éclat lumineux. L'homme qui avait lancé l'éclair sur les troupes à l'est sembla ressentir alors un haut-le-coeur mais tint bon, et recommença à incanter, en même temps que son homologue.
Le cavalier à l'est bondit par dessus les rangs de ses adversaires, et par dessus les archers avant de se ruer en courant vers les magiciens. Sa course fut arrêtée par une forme noire qui tomba du spelljammer pour se retrouver face à lui... un sifflement trancha la trame de bataille de l'air, alors que des mains griffues jaillirent des manches de la bure que l'inconnu portait. Son capuchon se rabattit quand Tameran plongea sur le centurion squelette qui s'écarta pour éviter les coups de patte du sauroïde. Le mort vivant retourna son arme et tenta de trancher la tête de son adversaire, lequel para le coup en attrapant le poignet de son adversaire. Un coup de poing osseux le projeta en arrière avec un craquement de bois sur bois. Le squelette allait faire un pas vers l'avant arme levée quand des sortes de rets sombres l'entourèrent, ... les trames de ce filet immatériel étaient reliées aux mains d'un arkhonte qui s'était approché des magiciens en silence. Il sourit à demi quand il fit redescendre la main de son adversaire au niveau de sa taille, il venait de prendre le contrôle de la créature et il la fit retourner pour le renvoyer au front contre ses propres hommes, cependant une chose étrange se passa. Sur le front ouest, les combats faisaient rage, mais les squelettes cessèrent le combat sur le front est.
Barkhram venait de toucher le sol ... il avait la main tendue vers la troupe située à l'est, et la déplaça vers le nord. Les guerriers suivirent alors la trajectoire qu'il désignait, alors qu'un sourire carnassier se dessinait sur son visage.
Arkhontes! Contrôlez le capitaine!
Au loin, des hordes de squelettes approchaient au pas menés par d’autres soldats aussi morts qu’eux, mais Barkhram avait enfin saisi le sens de l'oracle qu'il avait eu ... les trépassés allaient une dernière fois aller à la guerre avant de pouvoir reposer à jamais... ils allaient combattre avec Almoch et le seigneur Kun’Zu avait deviné comment.
Le convoi militaire s'arrêta environ deux heures avant le déclin du jour, dans ce que les habitants appelaient la plaine des trépassés. Large d'une bonne quarantaine de kilomètres entre deux plateaux, et profonde d'une distance difficilement estimable, la Plaine des Trépassés est une longue étendue très plane où foisonne une végétation oscillant entre une surabondance de graminées et de fougères, et une presque toundra rase.
Pas une route, pas un chemin, et pourtant, l'ancienne carte menait au travers de ce décor froid et dur... mais que les Almochéens voyaient comme un milieu empreint d'une vie qu'ils n'avaient pas l'habitude de voir hors des jardins du roi: le trésor vert.
Un coup de corne retentit, et les vandales se mirent à se disperser de toute part. Les cavaliers mirent pied à terre, menant leurs montures en groupe comme à l'entraînement, tandis que les archers se disposaient en cercle autour du convoi. Les hommes d'armes et mages fourmillaient de toute part à l'intérieur d'un rond parfait matérialisé en son centre par le palanquin et sur son périmètre par les vandales. Les chevaucheurs noirs se dispersèrent parmi leurs hommes, s'occupant de former des groupes pour les tours de garde. Au milieu de toute cette agitation, un homme apparemment grand et bâti comme un teuton, portant une longue chevelure d'un noir de jais ramenée derrière son crâne par un anneau de bronze simple, au teint sableux presque ocre, portant une lourde armure métallique hérissée de pointes, demeurait placide, surveillant les évènements du regard. L'un des hommes au bâton brûlé s'approcha de lui et hocha la tête dans sa direction: les archers lourds avaient ouvert le fond du palanquin et posé le matériel qu'il renfermait à plat sur le sol: piques longues, pieux, cordages et larges toiles traitées contre le feu.
Il fit sonner un coup de trompe, et l'ensemble des hommes du convoi, à l'exception d'un garde et d'un homme en bure qui se tournèrent vers lui. L'homme en bure rabaissa son capuchon, découvrant un visage écailleux d'un vert malachite, une paire d'yeux de poulpe et une large bouche armée d'une rangée de dents entre lesquelles frétillaient une langue fourchue
Ssssire... je resssssent une énergie maléfique icccccci. Cccccette plaine toute entière est baignée d'une puissssssante malédictttttion. Je le sssssais ... je le ssssens.
Oui Tameran... je sais cela, je l'ai senti. J'ai vu des choses du passé... une bataille très ardente, une victoire pas si victorieuse. Des hommes se sont battus ici, et ils n'ont jamais retrouvé leurs épouses et leurs enfants. Fort Berûm est un vestige de cette guerre, une guerre qui remonte à bien des années à présent.
Le tourment de ces hommes ne s'est jamais apaisé, et on a laissé leurs corps ici... personne n'a eu le courage de tous les enterrer, et c'est le temps et le pas de chevaux qui l'a fait.
Les yeux de Barkhram se mirent à luire avec un éclat blanc d'une pureté surnaturelle... en un instant il embrassa toute la plaine du regard, et son visage se déforma en une grimace de contrariété
Encore et encore ils devront se battre... à jamais maudits à cause de leurs propres compagnons d'armes, ils se sont battus les uns contre les autres... et la mort les a réunis.
C'est elle qui accorde une paix relative à ceux qui ont vécu dans le tourment, mais pour eux nulle repos, nulle échappatoire à revivre encore et encore cette bataille, dans un cauchemar qu'ils font même morts, leur âme est prisonnière du sang qui a imprégné cette terre et a fait pousser la verdure dessus... végétation maudite pour seul sépulcre. Jamais tant hommes n'avaient souffert pareil martyr dans la mort.
Croyez-vous que les lieux sssssssssoient alors indiqués pour camper?
Il y a grand péril à rester ici mais l'oracle a révélé que nous devions malgré tout courir ce risque, que cela nous rendrait plus forts pour affronter la guerre prochaine.
Barkhram monta sur une caisse pour se faire voir de tous ses hommes
Ceux qui ont été nommés en groupes, vous assurerez les relèves, que les profanateurs placent des torches en cercle autour du camp, que l'un d'entre vous reste en permanence pour les rallumer.
Faites reposer vos montures, et Sergovian ... vous allez aller me chercher un point d'eau pour faire boire toutes ces bêtes. Faites les ensuite brouter.... je veux que dans une heure et demie toutes les bêtes aient bu et mangé.
Aga'Maeth vous me recrutez plusieurs hommes pour préparer un repas à partir des provisions de fontes, ... Marem vos hommes et vous allez monter la marabout autour du palanquin. Execution!
C'est un bruit de bottes partant au pas de course qui clôtura le briefing de camp. L'un des maîtres espions qui se dissimulaient parmi les hommes de troupe quitta son habit de discrétion pour s'entretenir avec le roi sorcier et l'homme reptile. Tel un coeur animé de ses soubresauts vitaux, des flux humains allaient et venaient dans le cercle, à l'exception d'un groupe qui emmenait les bêtes. Les piques furent posées en cadran autour du palanquin, lequel servit de pivot pour plaquer la toile traitée. Cette dernière fut tendue sur ce sommet, puis sur les piques avant de tout arrimer au sol par de solides pieux en bois garnis de dents métalliques.
Quand le soleil vint embraser l'horizon de son teint orangé qui se diluait dans un ciel constellé de nuages pommelés, le camp avait retrouvé une tranquillité, et l'on n'entendait que le moutonnement des hommes qui parlaient entre eux, et le cliquetis des armes en réparation. Les sentinelles étaient en veille, un bruissement d'air se fit alors entendre: le spelljammer transportant les arkhontes et l'état major était arrivé au dessus du camp, et il venait de lancer un bout afin d'être amarré à la marabout. Le roi sorcier quitta alors cette dernière, tendit la main droite vers le haut, et s'éleva lentement dans les airs jusqu'à atteindre le niveau de la coque et se poser sur le pont.
Les torches ne s'éteignirent pas ... la veille nocturne commença ...
Au milieu de la nuit ...
Salah Al'Jaib était vandale depuis bientôt cinq ans. Il avait suivi l'entraînement de l'académie militaire d'Almoch et avait effectué plusieurs des campagnes de reconquêtes des vassaux menées par le seigneur Kun'Zu au cours de ces derniers mois.
Quand il avait appris qu'il partait pour Toril pour suivre celui à qui il devait son existence, son sentiment avait été partagé entre la fierté et l'appréhension. Il savait bien qu'il n'était un homme de troupe comme un autre, mais plus que quiconque il avait ici l'occasion de se couvrir de gloire et de couvrir le nom des Al'Jaib de l'or le plus fin. Il prenait donc son travail à coeur ... et gardait les yeux plongés dans cette obscurité impénétrable qui les cernait, perçant la nuit d'une aura de feu générée par les torches allumées. Pourtant il ne vit pas, au loin, la terre couverte de fougères se craqueler pour laisser éclore un rhizome d'un genre bien particulier. Une sorte de lame de fer rouillé émergea du sol... la pointe avait été brisée et le fil était morcelé par le temps. Le métal était tordu par endroits, glissant toujours vers le haut, quand une garde émergea du sol, ce qui avait été autrefois des ciselures étaient couvertes de terre, et lorsque ce fut au tour de la poignée de jaillir du sol elle émergea enfermée dans une corolle d'osselets blancs, telle une fleur de mort sur laquelle on voyait encore les traces des rayures du temps. La fleur éclot en main squelettique, maintenue ensemble par les tendons de la malédiction, gainée de muscles qui avaient depuis longtemps disparu dans le métabolisme des insectes décomposeurs. La main hissa le radius et l'ulna, avant de se couder pour s'emboîter sur un humérus, et le bras entier jaillit du sol pour se placer à environ un mètre cinquante du sol, comme accroché à un homme invisible. Puis du sol jaillit une scapula qui vint s'articuler sur l'humérus, avant que ne s’extirpe un autre bras... hissant avec lui un bouclier... des vertèbres en pagaille dans un cortège mené par la baguette d'un chef d'orchestre ostéomancien imaginaire, des lamelles jaillirent du sol et s'arrimèrent aux vertèbres en une cage osseuse protégeant un hypothétique myocarde qui avait dû battre ici. Deux points blancs percèrent à la surface du sol, se muant en ilions, traînant avec eux une paire de jambes mortes qui se reconstituèrent avec une précision impressionnante, même pour un nécromancien expérimenté... et enfin, casquée, deux dents en or fichées dans la mâchoire, le crâne vint compléter le spectacle macabre qui avait émergé du sol.
Par ailleurs, il n'avait pas été local, car autour du guerrier squelette, dont l'armure de cuir était en train de se reconstituer morceau par morceau sur le corps, d'autres guerriers morts s'approchaient pour reformer les rangs d'un groupe de fantassins maniant l'épée longue. Maculés de terre et de fougère, portant des armures de cuir pour certains, des cottes de mailles pour d'autres, enfin des armures lourdes, des plates ... ils se mirent en rang à cinq cent mètres du campement; c'est alors que Salah Al'Jaib vit les formes dans l'obscurité.
El rev'wadmeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeet!!!
Quelques secondes plus tard un son de corne se fit entendre, et tous les archers de veillent se dressèrent. Salah lança sa torche à plusieurs mètres devant lui, et la cloche du spelljammer clama le branle-bas. Une voix puissante retentit dans toute la vallée
Arkhontes à terre! Vandales en garde! Cavaliers à cru! Chevaucheurs gardez la retraite, en position de défense tout le monde!
La terre se mit à trembler devant les deux légions de guerriers squelettes, et des mottes explosèrent alors que jaillirent devant chacune un cavalier en armure monté sur un cheval aussi mort que lui: guerrier squelette sur cheval squelette, la blancheur des os contrastait avec le noir de la nuit et le roux de l'oxydation du métal. Un hennissement spectral se fit entendre, et les deux colonnes de mort-vivants se séparèrent pour prendre le camp en étau. Un ordre sépulcral retentit dans toute la plaine, ordre qui laissait entendre qu'il n'y aurait pas de prisonniers ... sans doute un reste de la vie dans les trépassés qui s'étaient relevés, car la seule prison qu'ils connaissaient désormais était celle de leur propre corps.
Les deux légions stoppèrent sur place.
Légions tenez bon, arkhontes en dernières lignes. Volée de flèche est et ouest sur la cavalerie, seconde volée sur les troupes. Repli après premier tir!
Le silence revint... les deux camps n'étaient pas à portée de trait, les almochéens attendaient que ce soit le cas pour exécuter les ordres, mais les squelettes semblaient s'être figés sur place, comme des statues dans le décor. Plus un os ne cliquetait, pas un souffle de vent, pas le plus petit frottement de métal. Les vivants retenaient leur souffle, ceux qui avaient rendu leur dernier ne bougeaient toujours pas, les têtes de file semblaient comme poser pour un hypothétique tableau.
Et les cavaliers chargèrent, en tête de leurs fantassins, les légions de squelette les suivant de près au pas de courses, les pieds d'os se craquelant parfois sous le choc contre le sol, certains guerriers se heurtant les uns les autres, mais globalement guidés dans la même direction, ce fut une sorte de burin s'enfonçant dans le camp des almochéens. Une bordée de flèche heurta le squelette ouest et sa monture, la patte de cette dernière vola, la créature s'affaissant sous le choc, mais son cavalier glissa sur l'encolure encaparaçonnée avec une agilité surprenante pour poursuivre sa course à pied, rattrapé par ses hommes, et essuyant avec eux la seconde bordée. Le cavalier est reçut, lui, la bordée de plein fouet et fut fauchée de sa monture qui tomba en morceau lorsqu'il fut désarçonné. Les vandales tirèrent alors leurs pilums et leurs pavois, cimeterre à la ceinture et reçurent la charge en levant la hampe vers le ciel, envoyant voler les premiers assaillants entre les côtes desquelles ils avaient réussi à enfiler leurs armes, et encaissant le reste de la charge sur leurs pavois. Certains ne purent contenir le choc et c'est leurs congénères placés en deuxième ligne qui accusèrent le coup.
Des mains de certains arkhontes jaillirent des lumières bleutées, et les blessures se refermèrent rapidement. Des glissements métalliques se firent entendre de toute part dans le camp alors que les cimeterres étaient dégainés... les guerriers squelettes, quand à eux, commençaient à chercher des ouvertures pour attaquer, ils encaissaient les coups de lames courbes dans leurs boucliers de bronze, et rétorquaient de leurs glaives. D'une façon générale, les tirs étaient suspendus pour ne pas risquer la vie des almochéens en première ligne. Les squelettes semblaient animés d'une force extraordinaire cependant et leurs coups engourdirent quelques bras, voir même en brisèrent quelques autres malgré les très larges et hauts boucliers des vivants. Le cavalier devenu fantassin à l'est concentra ses troupes sur une brèche ouverte pendant la charge et s'infiltra dans les rangs de ses adversaires pour commencer à tuer.
Deux hommes en robe noire, tenant à la main un bâton calciné se trouvaient en recul. La végétation tomba en poussière dans un rayon d'un mètre autour de chacun d'eux et de leurs mains jaillirent des éclairs noirs qu'une pluie d'étincelles éclatées matérialisa dans le ciel... deux chaînes d'éclairs frappèrent alors le plein centre des troupes pour ricocher sur les squelettes les plus proches. Le premier coup atteignit un squelette portant une paire de cothurnes et une armure de métal qui explosa sous l'impact, faisant ricocher le sort sur son voisin le plus proche qui se sépara en morceaux lesquels virent se ficher dans l'armure des guerriers squelettes autour de lui, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'éclair disparaisse dans un éclat lumineux. L'homme qui avait lancé l'éclair sur les troupes à l'est sembla ressentir alors un haut-le-coeur mais tint bon, et recommença à incanter, en même temps que son homologue.
Le cavalier à l'est bondit par dessus les rangs de ses adversaires, et par dessus les archers avant de se ruer en courant vers les magiciens. Sa course fut arrêtée par une forme noire qui tomba du spelljammer pour se retrouver face à lui... un sifflement trancha la trame de bataille de l'air, alors que des mains griffues jaillirent des manches de la bure que l'inconnu portait. Son capuchon se rabattit quand Tameran plongea sur le centurion squelette qui s'écarta pour éviter les coups de patte du sauroïde. Le mort vivant retourna son arme et tenta de trancher la tête de son adversaire, lequel para le coup en attrapant le poignet de son adversaire. Un coup de poing osseux le projeta en arrière avec un craquement de bois sur bois. Le squelette allait faire un pas vers l'avant arme levée quand des sortes de rets sombres l'entourèrent, ... les trames de ce filet immatériel étaient reliées aux mains d'un arkhonte qui s'était approché des magiciens en silence. Il sourit à demi quand il fit redescendre la main de son adversaire au niveau de sa taille, il venait de prendre le contrôle de la créature et il la fit retourner pour le renvoyer au front contre ses propres hommes, cependant une chose étrange se passa. Sur le front ouest, les combats faisaient rage, mais les squelettes cessèrent le combat sur le front est.
Barkhram venait de toucher le sol ... il avait la main tendue vers la troupe située à l'est, et la déplaça vers le nord. Les guerriers suivirent alors la trajectoire qu'il désignait, alors qu'un sourire carnassier se dessinait sur son visage.
Arkhontes! Contrôlez le capitaine!
Au loin, des hordes de squelettes approchaient au pas menés par d’autres soldats aussi morts qu’eux, mais Barkhram avait enfin saisi le sens de l'oracle qu'il avait eu ... les trépassés allaient une dernière fois aller à la guerre avant de pouvoir reposer à jamais... ils allaient combattre avec Almoch et le seigneur Kun’Zu avait deviné comment.