La Veritable Barenziah, Tome V                                  Anonyme                                                                                                                                                            )	 (  X  8  D	  
  1  i    =  "  '  8,  1  4  7     La Veritable  Barenziah  Tome V         Barenziah sentit le poids du chagrin pendant plusieurs jours, mais au bout du troisieme jour elle commenca a reprendre un peu gout a la vie. Elle s'apercut que repartir sur les routes lui plaisait a nouveau, bien que la compagnie de Straw lui manquait davantage qu'elle ne l'aurait cru. Ils etaient escortes par une troupe de chevaliers Redguard, avec qui elle se sentait a son aise, bien qu'ils etaient beaucoup plus disciplines que les gardes des caravanes marchandes. Ils etaient cordiaux envers elle mais respectueux malgre toutes ses tentatives aguicheuses.    Symmachus lui en fit le reproche en prive, expliquant qu'une reine devait maintenir une dignite royale en chaque instant.    "Vous voulez dire que je dois plus jamais avoir  une quelconque distraction ?"    "Pas avec ces derniers. Ils sont au dessous de vous. Votre Grace doit etre desiree par ceux dans l'autorite. Non avec les serviteurs. Vous resterez chaste et pudique tant que vous serez dans la ville imperiale."     "Je pourrais aussi bien etre de retour en Black Moor", ironisa Barenziah avec une grimace de depit. "Les Elfes sont promiscueuses par nature. Tout le monde le dit."    "'Tout le monde' se trompe, alors. Certaines le sont, certaines ne le sont pas. L'Empereur - et moi - attendons de vous que vous montriez de la distinction et de la sagesse. Permettez-moi de vous rappeler que vous tiendrez le trone de Mournhold non par le droit du sang mais seulement par le bon vouloir de Tiber Septim. S'il vous juge indigne de ce rang, votre regne prendra fin avant meme d'avoir commence. L'Empereur exige de l'intelligence, de l'obeissance, de la discretion et de la loyaute totale de la part de tous ses infeodes, et il favorise la chastete et la modestie chez les femmes. Je vous suggere de modeler votre tenue aupres de Drelliane."   "Je prefererais etre de retour en Black Moor," dit Barenziah avec indignation.    "Ce n'est pas une option. Si vous etes inutile a Tiber Septim, il s'assurera que vous etes inutile a n'importe lequel de ses  ennemis," dit froidement Symmachus. "Autrement dit, faites cas de mes conseils si vous souhaitez garder la tete sur les epaules.  Et permettez-moi d'ajouter que l'exercice du pouvoir offre des plaisirs autrement plus jubilatoires que de mediocres etreintes charnelles et de la basse compagnie." Il se mit a parler art, litterature, theatre, musique, et des grands bals. Barenziah, stimulee par ses menaces, ecoutait avec interet; quand il s'interrompit, elle lui demanda si elle pourrait continuer ses etudes de magie a la Cite Imperiale. Symmachus semblait content et promit de s'en occuper. Enchantee par ce premier succes, elle lui fit alors remarquer que trois de leurs chevaliers etaient des femmes et demanda si elle pourrait s'entrainer au combat avec elles afin de faire un peu d'exercice. Symmachus accepta de moins bonne grace, mais convenu qu'elle le pourrait, mais seulement avec les femmes.   L'hiver tardif, le temps resta beau mais froid tout le reste de leur voyage, ce qui leur permit de progresser rapidement sur des routes en parfait etat. Le tout dernier jour, les premices du degel annoncerent l'arrivee du printemps. La disparition de  la neige laissa une boue quasi generalisee derriere elle, et tout le monde entendait faiblement le son de l'eau s'ecouler sur leur chemin.   Ils arriverent au point du jour sur le grand pont menant a la Cite Imperiale. Le rougeoiement du ciel conferait une teinte rosee aux somptueux edifices de marbre blanc visibles au loin. Ils paraissaient tres neufs et grands et immacules. Une large avenue pleine de monde menait au palais. Les lumieres s'eteignaient les unes apres les autres dans la devanture des boutiques, alors meme que les premieres etoiles apparaissaient dans le ciel. Meme l'eclairage public etait a la mesure de la Capitale de l'Empire. A l'Est du Palais, les tours de l'immense batiment de la Guilde des Mages locale se dressaient vers le firmament, un fabuleux temple aux vitraux scintillants dans la lumiere mourante, lui repondant comme en echo a l'Ouest.   Symmachus possedait des appartements dans une magnifique demeure proche du lieu de culte, le Temple de l'Unique, expliqua t-il quand ils passerent a cote, ancien culte Nord que Tiber Septim avait remis au gout du jour. Il dit a Barenziah qu'elle   devrait se convertir afin qu'elle prouve qu'elle etait acceptable aupres de l'Empereur.   L'endroit etait splendide, mais pas au gout de la jeune femme. Murs et meubles etaient d'un blanc immacule, uniquement releve de quelques touches d'or, le sol montrant partout l'uniformite du marbre noir. Barenziah y chercha vainement quelques couleurs qui auraient pu rendre l'ensemble moins terne.   Le lendemain matin, Symmachus et Drelliane l'escorterent jusqu'au Palais Imperial. Barenziah nota que toutes les personnes qu'ils croisaient traitaient Symmachus avec un immense respect basculant parfois dans l'obsequiosite. Il semblait trouver cela normal. On les amena en presence de l'Empereur sans attendre.   La petite piece dans laquelle ils penetrerent etait baignee par le soleil qui entrait a flots par la grande verriere. Une longue table garnie d'un invraisemblable petit-dejeuner avait manifes- tement ete preparee pour l'unique homme assis la. A leur entree, ce dernier se leva d'un bond et s'empressa vers eux. "Ah, Symmachus, mon ami. Ton retour me fait grand plaisir."   Les mains de l'Empereur toucherent brievement et tendrement les epaules de Symmachus, l'empechant de mettre un genou a terre comme l'Elfe en avait clairement l'intention. Barenziah fit la reverence lorsque Tiber Septim se tourna vers elle.   "Et Barenziah, ma vilaine petite fugueuse. Comment allez-vous, mon enfant ? Laissez-moi vous regarder. Mais elle est charmante, Symmachus, absolument charmante ! Pourquoi me l'aviez-vous donc cachee, toutes ces annees ? La lumiere n'est pas trop forte pour vous ? Souhaitez-vous que je tire les tentures ? Oui, bien sur", decida-t-il en s'en chargeant lui-meme sans s'ennuyer a appeler un serviteur, malgre les protestations de Symmachus. "Pardonnez-moi le manque de courtoisie dont je fais preuve a votre egard, chers invites. J'ai de nombreux sujets de preoccu- pation en ce moment, mais cela n'excuse en rien mon pietre sens de l'hospitalite - je vous en prie, joignez-vous a moi. J'ai la quelques excellents fruits du Black Marsh."    Ils s'installerent eux-memes a la table. Barenziah etait stupefaite, Tiber Septim ne ressemblant en rien au guerrier bourru et insipide qu'elle s'etait imagine. De taille moyenne   bien qu'il faisait une bonne demi-tete de moins que Symmachus, il etait bien proportionne et se deplacait avec grace. Il avait un sourire charmeur et des yeux bleus percants, une epaisse touffe de cheveux blancs venait couronner son visage quelque peu ride. Il pouvait avoir entre quarante et soixante ans.   Il les incita de nouveau a boire et a manger, avant de poser ses questions : pourquoi avait-elle quitte sa maison ? Ses tuteurs s'etaient-ils mal comportes envers elle ?   "Non, Excellence," repondit Barenziah, "en verite, non, bien que je me le sois parfois imagine." Symmachus lui avait concocte une histoire qu'elle raconta non sans un petit pincement au coeur. Straw, le garcon d'ecurie, avait reussi a la convaincre que ses tuteurs ne parvenaient pas a lui trouver un epoux correct et qu'il comptait la vendre comme concubine a Rihad. Voyant arriver un Redguard, elle avait panique et fui avec lui. Tiber Septim semblait fascine et l'ecouta se lancer dans la description de sa vie de garde de caravane marchande.   "Mais votre vie ressemble a une ballade !" s'exclama-t-il enfin.   "Par l'Unique, nous allons charger le barde de la cour de la mettre en musique. Vous deviez faire un charmant garcon."   "Le general Symmachus a dit..." commenca-t-elle avant de s'interrompre dans une certaine confusion. "Il a dit, euh, que je n'avais plus vraiment l'air d'un garcon. Sans doute est-ce parce que j'ai... grandi au cours des derniers mois." Elle abaissa son regard en esperant la faire passer pour de la parfaite modestie.   "Il ne manque pas du tout de discernement ce vassal, et ami Symmachus."    "Je sais que je me suis comportee en parfaite idiote. J'implore Votre pardon et celui de mes gracieux tuteurs. Je... je l'ai compris, il y a quelque temps deja, mais j'avais trop honte de moi-meme pour rentrer chez moi. Et je desire ardemment retourner a Morrowind. Mon ame entend l'appel de mon vrai pays."  "Ma chere. Vous allez rentrer chez vous, je vous le promets, mais je souhaite que vous demeuriez quelque temps encore   en notre compagnie, afin de mieux vous preparer a la tache importante et solennelle que je vous reserve." Barenzaih le fixa instamment et son rythme cardiaque subitement. Tout se deroulait comme Symmachus le lui avait predit. Elle ressentit un brusque acces de gratitude envers lui, mais prit bien garde de ne pas quitter l'Empereur des yeux. "C'est un immense honneur pour moi, Excellence. Sachez que je ne souhaite qu'une chose : vous servir de mon mieux, vous et le puissant Empire que vous avez fonde." La reponse etait de circonstance, mais Barenziah pensait vraiment ce qu'elle disait. Impressionnee par la magnificence de la cite et l'ordre qui y regnait, elle se sentait tout excitee a l'idee d'avoir un role a y jouer. Et le doux Tiber Septim lui plaisait beaucoup.   Quelques jours plus tard, Symmachus partit pour Mournhold afin d'y assumer le poste de Gouverneur jusqu'a ce que Barenziah soit prete a monter sur le trone, apres quoi il deviendrait son Premier Ministre. Toujours accompagnee de Drelliane, qui devint officiel- lement sa chaperonne, Barenziah s'installa dans l'une des suites du Palais. Plusieurs precepteurs vinrent lui donner des cours. Durant cette periode, elle se prit de passion pour l'etude des   arts magiques, l'Histoire et la Politique, bien qu'incontournables, l'attirant nettement moins.    Il lui arrivait de rencontrer Tiber Septim dans les jardins du Palais, et ce dernier lui demandait toujours poliment comment ses lecons se deroulaient, n'hesitant pas a la reprimander avec le sourire pour le manque d'interet qu'elle montrait pour les affaires d'etat. Il se faisait cependant toujours une joie de lui apporter les precisions qu'elle lui demandait en matiere de magie et, quand il en parlait, meme l'histoire et la politique devenaient moins rebarbatives. "N'oubliez jamais que ce sont des gens, pas d'austeres faits dans des livres pousserieux," avait-il coutume de dire. Au fil de son education, leurs discus- sions devinrent plus longues, plus profondes et plus frequentes. Il aimait parler de sa vision d'un continent de Tamriel dans lequel toutes les races, conservant leurs particularites et leur richesse personnelle, auraient le meme objectif et contribueraient au developpement de l'ensemble.   "Certains concepts sont universels, du moins entre les etres de bonne volonte," affirmait-il. "Tel est ce que l'Unique nous   enseigne. Nous devons nous unir contre les creatures malfaisantes et brutales, ces erreurs de la nature que sont les Orcs, Trolls, Gobelins et d'autres creatures encore plus dangereuse et, pour ce faire, il nous faut cesser de nous battre entre nous."    Ses yeux bleus s'illuminaient chaque fois qu'il abordait le sujet de son reve et Barenziah se faisait alors une joie de l'ecouter. Lorsqu'il se penchait sur elle, elle sentait une agreable chaleur l'envahir, comme celle d'un atre. Et, chaque fois que leurs mains se touchaient, elle ressentait de delicieux picotements sur tout le corps, comme si tout son corps a lui etait charge d'un leger sort de decharge electrique. Un jour, alors qu'elle ne s'y attendait nullement, il lui prit delicatement le visage entre les mains et l'embrassa tendrement sur la bouche. Elle recula apres quelques secondes, stupefaite par l'intensite des emotions qu'elle ressentait, et il s'excusa immediatement.  "Je ne voulais pas," balbutia-t-il. "Mais vous etes si belle, ma chere... si belle..." Il la regardait avec un desir desespere dans les yeux. Elle detourna le regard, pleurant sans s'en rendre compte. "Barenziah, etes-vous en colere contre moi ? Parlez-moi, s'il vous plait."    "Je ne pourrai jamais vous en vouloir," repondit-elle en secouant la tete. "Je... je vous aime. Je sais qu'il ne faut pas, mais je ne puis m'en empecher."   "J'ai une epouse", declara-t-il, "c'est une femme bonne et vertueuse, la mere de mes enfants et futurs heritiers. Je ne la repudierais jamais, et pourtant, il n'existe nulle intimite, nul amour entre elle et moi," expliqua-t-il. "Elle voudrait que je me comporte autrement que je le suis vraiment. Je suis l'homme le plus puissant de Tamriel et, Barenziah, je crois bien que je suis egalement celui qui se sent le plus seul."   "Ah, le pouvoir !" lacha-t-il avec dedain. Comme je l'echangerais contre la jeunesse et l'amour, si seulement les dieux m'y autorisaient."    "Mais vous etes jeune, Majeste, et plein de vie... plus que n'importe quel homme que j'aie jamais connu."   "Aujourd'hui, peut-etre," repondit-il en secouant la tete avec vehemence. "Mais je sens que je m'affaiblis d'annees en annees,   non, de jour en jour. Ma mortalite m'est sans cesse un peu plus rappelee, et cela m'est douloureux."    "Si je peux en quoi que ce soit attenuer Votre douleur, je vous en prie, laissez-moi le faire," le supplia-t-elle, bras tendus vers lui.    "Non. Je ne puis te voler ton innocence."    "Je ne suis pas aussi innocente que vous le pensez."    "Que voulez-vous dire ?" fit-il en froncant les sourcils. La gorge de Barenziah se serra. Qu'avait-elle dit ?   "Il y a eu Straw," expliqua-t-elle avec hesitation. "Je... et je me sentais si seule comme aujourd'hui. Je ne suis pas forte comme vous. Je ne suis pas digne de vous, Excellence."    "Non, ne dites pas cela, Barenziah. Mais cela ne pourra pas durer. Nous avons tous deux des devoirs, vous envers Mournhold    et moi envers l'Empire. Mais tant qu'il nous sera offert,  partageons ce qui peut l'etre, et puisse l'Unique nous  pardonner nos faiblesses."    Tiber Septim lui ouvrit ses bras et elle accepta son  etreinte avec joie.                    French Daggerfall Project v0.1 - Nain de Jardin.  